Ces
concerts proposent un voyage sonore du nord au sud du Laos, à la
découverte des multiples facettes d'un genre musical appelé
lam dans les provinces du centre et du sud du Laos et khap
dans celles du nord. Une tradition musicale et poétique bien différente
de l'ancienne musique de cour marquée par la civilisation khmère
et que les Lao revendiquent comme l'expression artistique la plus représentative
de leur identité.
Qui
découvre le Laos, ce pays secret et montagneux situé au
cœur de l’Asie du Sud-Est, est vite séduit par le charme
de ces chants traditionnels accompagnés par les sonorités
profondes et intimistes de l’orgue à bouche. Ce genre vocal
et poétique, très populaire et laissant une grande part
à l’improvisation, est systématiquement accompagné
par un orgue à bouche à seize tuyaux disposés en
radeau, le khène, instrument emblématique du peuple
lao.
Désir,
amour et tourment, joutes amoureuses, légendes, simples événements
de la vie se dévoilent dans l’art du chanteur, la dextérité
et la douceur du jeu du khène. Pratiqués à
la moindre occasion, pour le divertissement familial intime, les fêtes
villageoises improvisées ou encore les fêtes du calendrier
agraire et religieux, lam et khap forment un tout où
la performance implique une étroite relation entre le geste, le
verbe et la musique.
De
l’anecdote sociale à la cour d’amour, sous forme de
chants alternés, les chanteurs molam rivalisent par des
paroles improvisées. Ils puisent leur inspiration dans la tradition
orale, utilisant de temps à autre des formules poétiques
entendues lors de performances précédentes. Le double caractère
sérieux et burlesque de ces chants permet de passer d’échanges
timides, de jeux d’approche et d’apprivoisement à de
véritables provocations empreintes d’ironie poétique
et métaphorique. L’art du molam n’est pas
seulement vocal, il est aussi gestuel. Dans une constante oscillation
entre de simples expressions du visage et de véritables mouvements
dansés, il transmet ses états d’âme et ponctue
les phrases musicales.
Le
mokhène quant à lui, s’accorde une grande
part de liberté lors des préludes improvisés qui
précèdent chaque pièce, un moment particulier qui
met en lumière sa dextérité dans le jeu du khène.
Puis il énonce le thème mélodique de la pièce
qu’il se doit d’orner et de développer, tout en cherchant
à suivre la voix du molam, la ponctuer et la mettre en valeur.
Cette
complicité entre le molam et son mokhène,
les nombreuses possibilités de variation et d'interprétation
d'une même pièce qui se décline ainsi en autant de
versions que d'interprètes contribuent à faire de ce patrimoine
traditionnel une musique de notre temps.
Le
groupe a été formé spécialement pour cette
occasion, avec des artistes particulièrement représentatifs
des diverses régions du Laos. Vongvilay Opimsakda est l’une
des grandes molam de Vientiane mais elle connaît également
plusieurs khap du nord. Bounthong Keoboula est originaire de
Champassak, dans le sud, et ne se déplace jamais sans son mokhène,
Vilaphanh Phommachak. Enfin trois musiciens de Vientiane complètent
l'ensemble : Souligna Fasavang, molam et artiste de cirque, originaire
de Paksé au sud du Laos, Denesavanh Chanthakhad, grand connaisseur
des lam du centre, et un virtuose du khène, Khamsuane
Vongthongkham.
Véronique
de Lavenère
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