Algérie
Gasba de Beni Salah
Flûtistes de l’Est algérien
Mardi 17 mars à 20h30
Mercredi 18 mars à 20h30
Plein tarif : 21 euros
Abonnés : 15 euros
Tarif réduit : 11 euros
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail
75006 Paris
Métro Saint-Placide ou Notre-Dame-des-Champs
Avec
Sayfi Mohamed Tahar
Chahbane Mahloum
Nouar Souda
Salah Ramal
Zine Hadidene
Ramdane Rafai
Farhat Bendris
Abdelwaheb Bounamous
 |
© Halim Dekkiche |
Véritable lieu de brassage culturel, ethnique et linguistique, le nord-est algérien est marqué par un fort syncrétisme de croyances, mythes et cultes ruraux et populaires. La musique des flûtes gasba étroitement liée au culte des marabouts et, par extension, au culte des Saints en apporte le témoignage vivant. Ces cultes prennent la forme de pèlerinages au cours desquels sont célébrées les zerda. Ces festivités se tiennent généralement dans les zaouia, lieux où les mystiques se retiraient pour méditer et où l’on enterrait les Saints. Lors des zerda, les marabouts psalmodient des incantations jusqu’à l’exaltation et la transe, accompagnées par les mélodies des gasba et le rythme des bendir.
Mais le répertoire des flûtistes ne se limite pas au rituel. Après la prière du soir, on joue des airs de concert devant une assemblée attentive. Les musiciens sont non seulement reconnus pour leur maîtrise de l’instrument, mais aussi pour le nombre d’airs qu’ils sont capables d’interpréter, des airs susceptibles d’être réclamés par un auditoire exigeant.
La gasba joue également un rôle fondamental en accompagnement de la chanson profane. Profondément imprégnée de poésie populaire melhûn celle-ci célèbre aussi bien les vicissitudes de l’existence que l’ivresse et l’amour.
Beni Salah se situe dans l’extrême Nord-est de l’Algérie, non loin de Souk-Ahras (Thagaste), berceau de Saint Augustin. Les flûtistes et percussionnistes de Beni Salah ont tous fait leur apprentissage auprès des anciens musiciens à l’occasion des fêtes en l’honneur des saints patrons ainsi que lors des mariages. Sayfi Mohamed Tahar fut le premier flûtiste à accompagner la chanteuse Zoulikha à l’occasion de son premier enregistrement qui eut lieu à Annaba. Il fait aussi montre d’une grande puissance vocale et d’un délié d’une souplesse très particulière. Une voix marquée par cette forme de lamento qui caractérise tant les chanteurs traditionnels des montagnes de cette région.
La gasba est l’instrument le plus répandu en Algérie et, on l'a vu, elle est intimement liée à la culture populaire de ce pays. Si l'instrument semble simple dans son apparence, sa pratique est en revanche difficile et demande une grande dextérité. Son timbre à la fois plaintif et « venteux », le jeu collectif avec ses lignes mélodiques qui s'entrecroisent puis, brusquement, se rassemblent en un thème unique, légèrement discordant et martelé par les tambours bendir, ses airs qui s'organisent en petites suites précédées d'une séquence improvisée où le flûtiste principal « installe » le mode, son rôle à la fois social et sacré sont les signes d'un art complet, savant par sa forme et populaire par son enracinement au plus profond de cette société rurale. On comprend pourquoi des artistes comme Béla Bartók, lors de son périple algérien en 1913, ou Brian Eno et David Byrne dans le morceau « New feet » ont été si sensibles à cette musique.
Halim Dekkiche