Prenez le rythme et la musique des vers de Jérusalem
Libérée du Tasse, les couleurs de la terre brûlée par le soleil,
des citrons et des oranges, la rumeur des marchés de légumes et de poissons,
l'agitation des ruelles qui mènent au port, la douceur du massepain et
des glaces, le modelé des pains de sucre que les enfants reçoivent le
jour de la fête des morts, prenez le parfum du jasmin, de la mer et de
la viande exposée en plein air dans le marché de la « Vucciria » ! Mélangez
et secouez très fort… et vous aurez un spectacle de pupi siciliani.
Si le mariage entre les pupi et les histoires sans fin d'Orlando et Rinaldo,
Angelica et Charlemagne peut être daté de cent cinquante ans tout au plus,
les origines de ce théâtre épique seraient à rechercher plutôt du côté
d'Archimède, Socrate et Xénophon, qui parlaient déjà de siciliens fort
habiles à faire bouger des figurines de bois ; on pourrait aussi chercher
du côté du Don Quichotte de Cervantès et de l'Espagne de Charles V dont
la cour, en 1551, était déjà animée par des représentations faites par
des marionnettes en armes ; comme il ne faut pas oublier la tradition
typiquement sicilienne du cunto, cette forme extraordinaire de narration
populaire, à la limite du théâtre, de la littérature et du chant.