EDITION - Revue Internationale de l'imaginaire
 


Les spectacles des autres

Questions d'ethnoscénologie II
Babel n°525
prix : 8,50

L' Art traditionnel... Est-ce si simple ? On décerne le titre d'art à des formes, des manifestations longtemps jugées sauvages ou primitives, et que l'on momifie dans les musées. Et la tradition laisse penser que nous seuls sommes créatifs quand les "autres" restent figés dans la reproduction du passé...
Peut-être sommes-nous victimes de nos habitudes scolaires et n'accordons-nous d'importance qu'aux seuls objets de l'écriture et de la pensée... Avant les rituels de Bali (présentés à Paris lors de l'Exposition coloniale de 1931), seul en son temps, Artaud, pourtant, pressentait que la création imaginaire ne s'enferme pas dans nos concepts littéraires et que l'homme pense et s'exprime avec tous les sens du corps - gestes, couleurs, sons... - et propose des langages différents qu'il faudrait déchiffrer.
Aujourd'hui, on ne peut parler de scénarios, de rituels, de figurations immuables, pieusement ressassés d'âge en âge et qui seraient les emblèmes d'une culture particulière. Ce serait oublier les métissages et les bricolages par lesquels s'effectuent les transmissions des formes des vieux aux jeunes, à travers les mutations sociales, les rencontres, les transgressions génératrices de fantasmes ou d'utopies. Une créativité continue cachée sous la tradition.
Ces formes n'étaient pas des spectacles quand elles se fondaient dans l'intime participation d'un groupe, elles sont devenues des spectacles quand elles ont été données à voir (c'est ce que dit le mot grec de teatron), quand elles se délocalisent. Et bien plus lorsque s'imposent les techniques de reproduction - disque, photographie, cinéma, télévision.
Elles entrent dans l'univers de la marchandise, du marché, de la rentabilité, certes, mais elles s'ouvrent aussi à l'échange universel des imaginaires. Le génie africain des sons ne s'est-il pas ainsi affirmé de concerts en disques à travers les continents, puisant dans la reproduction mécanique un élan à se modifier ? Le peintre ne travaille-t-il pas l'esquisse de sa toile ? La forme déjà créée n'excite-t-elle pas à lancer un défi au possible ?

Jean Duvignaud

OUVERTURE
Chérif Khaznadar : Les arts traditionnels.
   
TRANSFERT, DIFFUSION ET FIXATION DES FORMES TRADITIONNELLES
Françoise Gründ : Le transfert des formes.
Laurent Aubert : La représentation de l'autre ou le paradoxe du spectacle.
Pierre Bois : Le disque et les musiques traditionnelles : témoignage, regain ou confiscation ?
   
LES TRADITIONS AUJOURD'HUI : REGAIN OU DÉSHÉRENCE ?
Roberte N. Hamayon : À propos de la Ducasse de Mons : reconstruction contemporaine d'une fête médiévale.
Dominique Salini : Appropriation, intégration ou assimilation ? L'exemple de la polyphonie corse aujourd'hui.
Jérôme Cler : Rituel, levée du secret et diffusion : le cas des Alevi-s de Turquie.
Henri Lecomte : Musique et chamanisme dans le Nord et l'Extrême-Orient sibériens.
Bertrand Hell : Les pots renversés : réflexion sur l'évolution du culte des Gnawa (Maroc).
Mohd Anis Md Nor : Dépoussiérer les vieilleries : comment perpétuer les formes spectaculaires traditionnelles en Asie du Sud-Est ?
   
LA CRÉATION OCCIDENTALE À L'ÉCOUTE DES AUTRES
Apollinaire K. Anakesa : Approche de l'expression du sacré des musiques traditionnelles subsahariennes dans la musique savante occidentale.
Jean-Marc Montera : Parcours.